5ème prix attribué à madame Michèle F. (69)

Les Histoires Extraordinaires de nos gagnants

encrier

5ème prix attribué à madame Michèle F. (69)

 

Le jour pointait à peine le bout de son nez et mon sommeil m'avait depuis longtemps abandonné. Je me trouvais dans cet état ou la mémoire est infiniment claire et le présent incertain. Il est agréable de rêver dans ces conditions et de revenir sur les derniers épisodes de ma vie qui m'ont amené à me trouver dans cette situation.

 

Somnolente, hésitant entre semi conscience et réveil, j'écoute mon corps et je ressens la douleur toujours présente, qui m'use sans répit depuis trois années. Je vais devoir me lever et vivre une journée de plus.

J'ai été malmenée si durement tout au long de mon existence que je m'étonne d'être aussi lucide et encore debout.

Qu'est-ce qu'a été ma vie? Une succession de maltraitances, de deuils, de malheurs, de douleurs. Une vie, ma vie ou il me semble avoir été poursuivie depuis ma naissance par un destin maléfique.

Tant d'années ont passé, dans des luttes sans merci, pour survivre et protéger ceux que j'aimais. J'ai fait de mon mieux pour aimer, pardonner, accompagner, assister. Je me suis sentie seule, toujours.

Mes enfants et petits-enfants, tous merveilleux, sont ma seule vraie victoire. Quant à moi; en tant que femme je n'ai jamais existé.

Aujourd'hui, au porte de la vieillesse, à l'âge ou le corps vous trahi, où l'on ne compte plus les cheveux blancs et les rides, mon cœur s’est mis à battre en secret, pour un homme que j'ai côtoyé quelques mois et que je n'avais pas le droit d'aimer. Et pourtant !
J'ai essayé en vain d'étouffer ce sentiment si fort qui me troublait. Je me trouvais pathétique, ridicule. Mon cœur n'a pas voulu se taire. Il aime en silence un homme merveilleux, riche de compassion, de bienveillance, de respect, d'attention. Tout ce que je n'ai jamais connu. Bien sûr aimer n'ai plus de mon âge, mais je n'ai pas honte de ce sentiment merveilleux, si pur. Le cœur se moque bien des différences, des impossibilités. Il me fait souffrir, le traître.

Pourquoi avoir croisé si tard l'impossible, l'inaccessible?

Mes regrets n'en sont que plus grands. Pourtant, cette tendresse éprouvée, douloureuse et vaine, me magnifie, m'enrichit; me sublime.

Si mon corps épuisé, laminé par la vie, me murmure que j'ai cent ans, mon âme et mon cœur ont conservé ma capacité
d'aimer. J'ai gardé la pureté, le goût du rêve et du bonheur espéré que l'on a à vingt ans.

Et, plus près de la fin que du commencement, je me sens vivante pour la première fois.

 

 

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