Nous avons pu nous entretenir avec François Devie, spécialiste au sein d'une structure spécialisée dans le maintien à domicile des personnes âgées et handicapées.

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 1. Pouvez-vous nous parler de la structure que vous représentez : Bien Vieillir en Ardennes, l’origine de l’activité, date de début, quelles sont les différentes missions de la structure?

Je suis un pharmacien de profession qui a crée l’entreprise "Bien Vieillir en Ardennes" en 2015, le temps d'obtenir les agréments nécessaires l'activité a réellement commencé en février 2016. Nous avons crée 19 emplois dans la ville de Charleville-Mézières et dans la vallée de la Meuse, plus de 1500 heures d'activité en tout ! Mon but premier est d’apporter de l’aide aux personnes à domicile. Notre structure est spécialisée dans les pathologies lourdes. J’ai moi-même de l’expérience dans l'assistance de personnes souffrant de pathologies lourdes donc il était naturel pour moi de leur apporter mon aide. En instaurant un protocole médical précis nous aidons nos patients à retrouver de l'autonomie et de la joie de vivre.

En parallèle de mon activité professionnelle je m’occupe de ma maman qui souffre d'une pathologie lourde, associée à des troubles cognitifs. J’ai une expérience personnelle qui me permet de conseiller au mieux l’entourage familial des patients. Ma mission est de créer un environnement favorable qui permette aux patients de retrouver le sourire et surtout une qualité de vie, cela passe par la préparation des repas, les toilettes, et surtout de l’accompagnement.

J'ai une expérience personnelle qui me permet de conseiller au mieux l'entourage familial des patients

80% de nos bénéficiaires sont atteints de pathologies lourdes (type Alzheimer et Parkison) dès lors qu’une personne présente des troubles cognitifs, il est nécessaire d'assurer un suivi dans le temps et surtout avec la même équipe d'intervenants. Afin de rassurer et ne pas troubler les patients on ne peut pas faire intervenir 4 ou 5 personnes, il faut assurer un suivi de qualité. Il faut créer du lien dans le soin et la pathologie. Les différents soins doivent être reliés au carnet de liaison : il ne faut pas poser de questions aux personnes directement. Il faut respecter les petites habitudes de nos patients. Nous devons entrer dans les codes de la personne, ce n’est pas à elle de rentrer dans nos codes: c’est vraiment important.

Il faut créer du lien dans le soin et la pathologie 

2. Quelle est votre définition du Bien Vieillir ?

Bien vieillir suppose d'apporter aux personnes de l’apaisement, souvent il y a beaucoup d’inquiétude, la moindre chose les contrarie. Un aidant familial qui n’est pas ponctuel constitue déjà une source de désarroi. Il faut respecter les personnes, être au contact de pathologies telles qu’Alzheimer et Parkinson nécessite de procurer de l'apaisement afin d'éviter d'engendrer une grande souffrance. L'intervention du personnel médical est l'occasion d'apporter du sourire.

Bien vieillir suppose d'apporter aux personnes de l'apaisement

3. Etes-vous en contact avec des personnes âgées et/ou les aidants familiaux ?

Je tiens à me déplacer physiquement pour rencontrer chaque nouveau patient. J'apprécie de connaitre physiquement la personne suivie : son état de santé, ses problèmes de mobilité, dans quelles conditions le personnel soignant intervient. Chaque nouveau dispositif que nous mettons en place : lit médicalisé, verticalisateur, lève-malade, est d'une grande aide pour nos patients mais également pour nos intervenants. Disposer de conditions de travail agréables et confortables représente un véritable soulagement pour nos patients ainsi que pour les intervenants.

J'oeuvre voire j'exige l'installations de nouveaux équipements, cela représente certes un coût mais de nombreuses aides financières sont disponibles. Une simple ordonnance pour un lit médicalisé ou autre c'est l'assurance d'un confort de vie pour la personne et pour les aidants familiaux. Le personnel soignant doit pouvoir être présent pour les patients, mais nous ne sommes malheuresement pas là pour parer aux carences familiales. Nous essayons de recréer un lien enfant/parent afin de dédramatiser les soins et de ne pas être perçu uniquement comme du personnel soignant. Les aidants peuvent aussi par les mots ou les gestes solliciter le bénéficiaire pour sa mobilité.

Nous essayons de recréer un lien enfant/ parent afin de dédramatiser les soins 

4. Pouvez-vous nous décrire une journée type ?

Il est 7H30 le matin quand j'arrive, je partage un café avec mon équipe d'intervenants, c'est l'occasion de faire un point sur la journée. Par la suite je vais à la rencontre des nouveaux bénéficiaires ou même des anciens, un moyen de résoudre les petits tracas du quotidien ! J'ai à mes côtés une secrétaire qui gère les relations avec les équipes sur le terrain ainsi que le planning. Ce sont des journées remplies. Ce n’est pas moi qui travaille le plus mais c’est moi qui parle le plus (rires) !

5. Pourquoi avoir choisi ce métier ?

Mon métier et moi : on s'est choisis. Avoir rencontré des problèmes de parcours de santé liés à ma mère est un premier pas dans ce choix. J'ai du faire face à supposés professionnels du médico-social qui ne m’ont pas donné satisfaction et qui n’avaient aucun contact humain avec leurs patients. Avoir comme seul intêret l'argent dans le médico-social c'est abérrant. J’ai par la suite juger qu’il y avait quelque chose à faire pour apporter du bien-être. J’avais pleins de personnes autour de moi que je connaissais et qui me connaissait, donc je me suis lancer dans l’aventure. La grande difficulté aujourd'hui est de trouver quelqu’un qui reprendrait le flambeau avec la même énergie, ma secrétaire ? Non, elle a trop mauvais caractère (rires) !

Mon métier et moi : on s'est choisis 

 6. Si vous étiez une célébrité de plus de 60 ans, ce serait qui? Si vous pouviez la rencontrer, que lui diriez-vous ?

Je serais sans doute L’Abbé Pierre et je lui aurait dit un seul mot : BRAVO ! et je lui aurais demandé de quelle manière j'aurais pu l'aider Mon épouse et moi même sommes très impliqués dans le domaine associatif: cela nous apporte joie et satisfaction. Aider les autres, il y a longtemps que je le fait. Il y a tellement de choses à faire sur le terrain. Aider des personnes en difficulté, cela ne me fait pas peur. J’ai récemment aidé une personne des Comores, je l’ai aidé à communiquer avec sa famille à l’étranger, il n’avait pas de moyen de locomotion, je lui ai fourni une carte de bus. Aider même avec des moyens simples c'est déjà beaucoup. 

Aider même avec des moyens simples c'est déjà beaucoup 

7. Comment vous voyez-vous à 80 ans ?

Je me vois à 80 ans comme aujourd’hui. Je suis en point fixe, je ne vieillis plus, je n’ai pas le temps. Il faut du temps pour vieillir. Si vous travaillez, vous serez occupés, vous n’aurez pas le temps de vieillir ! Rendez-vous dans 14 ans quand j’aurai 80 ans, en 2031. Je serai comme aujourd’hui, au même endroit !

Je ne vieilis plus, je n'ai pas le temps : il faut du temps pour vieillir 

Interview réalisée le 8 février 2017

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